*
 
Accueil
Historique
Aïkibudo
Kobudo
Le dojo
Les professeurs
Ceintures noires
Reportages
Photos
Vidéos
Cliniques médicales
Liens
Nouvelles
Nous contacter

Le mercredi 29 mars 2006

Isabelle Morin a subit l'ablation du sein à la suite d'un cancer. Elle est en rémission depuis un an.
Photo Alain Roberge, La Presse.

VIVRE AVEC LE CANCER

«C'est mon corps, c'est mon épreuve»

Sylvie St-Jacques

La Presse

Isabelle Morin serait une excellente candidate pour promouvoir la mammographie préventive chez les femmes dans la trentaine. Elle n'avait que 36 ans lorsqu'on lui a diagnostiqué un cancer du sein, en juin 2004. Deux ans plus tard, elle a repris son travail d'enseignante d'éducation physique et rêve de voir son fils de 6 ans devenir un homme.

La première fois que le cancer lui a fait signe, Isabelle Morin faisait l'amour avec son conjoint. «Jean a palpé la bosse. Je vous dis que cela a ralenti nos ardeurs! relate-t-elle. Ça ne m'inquiétait pas. J'avais 36 ans, je me disais que ça ne devait probablement être qu'un kyste.»

Juste avant de partir pour les vacances d'été, Isabelle a pourtant voulu en avoir le coeur net. Elle s'est donc rendue dans une clinique, avec l'espoir qu'on lui confirme qu'il s'agissait bien d'un kyste bénin. «Sans tarder, on m'a fait subir une mammographie et une échographie. La radiologiste m'a dit: Ce n'est pas un kyste, madame.» Huit jours plus tard, le 22 juin 2004, le pire est confirmé: cancer du sein. «À la maison, c'était le choc, un silence de mort, évoque-t-elle. J'étais à peu près la seule à parler et à m'occuper de mon fils.»

De morbides perspectives n'ont pas tardé à terrifier cette mère d'un bambin qui n'avait alors que 4 ans. Elle était, de surcroît, belle-mère d'un ado et de deux grandes filles en appartement. «Face à la mort, c'est la mère qui souffrait. J'étais dévastée à l'idée d'abandonner mon fils et ma famille.»

La machine


Pendant les jours qui ont précédé son entrée dans la machine médicale, Isabelle s'est retroussée les manches et s'est armée d'informations. En bon amateur d'arts martiaux, elle s'est donc renseignée sur son rival avant de sauter dans l'arène.

Après une première rencontre en oncologie, elle a compris qu'elle devrait prendre plusieurs décisions cruciales et agir rapidement. «Ça restait mon corps, mon épreuve. Je ne voulais pas que d'autres décident à ma place.» Isabelle sentait que sa tumeur progressait vite. Les longues listes d'attente pour la salle d'opération n'avaient rien pour la rassurer. «Il a fallu se fâcher un peu et changer d'hôpital.»

À force de persévérance et d'un brin d'acharnement, elle a finalement subi une mastectomie radicale le 11 août 2004. Six semaines après l'opération, Isabelle Morin recevait le rapport de pathologie qui l'informait que ses chances de s'en sortir étaient passées de 18% à 85%.

Mais son combat ne faisait que commencer. Ses traitements de chimiothérapie ont débuté à la fin de septembre 2004, pour se terminer le 2 mars 2005. Énergie à zéro, teint livide, crâne dégarni... La métamorphose «chimio» d'Isabelle la sportive a été foudroyante.

Depuis quelques mois, elle reprend des forces chaque jour et a entrepris des démarches pour une reconstruction mammaire. Son médecin l'encourage à s'entraîner, pour retrouver sa forme d'avant et nettoyer son organisme. Bref, la vie a repris son cours normal. Ou presque. «Le fait que je pense tous les jours au cancer m'amène à faire de meilleurs choix. Je me laisse moins prendre par la routine, par le tumulte du quotidien. Apprendre à dire non, c'est plus facile quand on a le cancer en arrière de la tête.»

Même si, aujourd'hui, elle a 85% de chances d'être là dans 10 ans, même si à la fin de l'été dernier elle pédalait 30 km par jour, même si elle ne tombe plus de fatigue, elle n'ose toujours pas songer à un avenir lointain. Mais ça viendra. «Les pronostics sont bons. J'ai toutes les chances de mon côté.»

Le cercle d'énergie

Pour traverser son épreuve, Isabelle Morin a eu besoin de se sentir entourée. Trop abattue pour sortir ou recevoir, elle a choisi de faire marcher ses doigts. C'est ainsi qu'est né son «cercle d'énergie».

Cela a commencé par des courriels de groupe envoyés à des amis intimes et des membres de la famille. Dans un «journal de chimio», Isabelle parlait de son combat quotidien. En retour, elle recevait de précieux mots d'encouragement. «Je n'ai jamais été une maniaque d'Internet. Mais la maladie m'a permis de constater ses vertus. Sans décrocher le téléphone, cela me permettait de rejoindre plein de monde en même temps. Et je n'étais pas obligée de repartir à zéro avec chaque personne, parce que tous mes correspondants étaient au courant de mon évolution.»

Sans sortir de chez elle, Isabelle a rencontré des personnes importantes qui l'ont soutenue sans même l'avoir jamais rencontrée. «Une dame qui, elle-même, avait déjà eu le cancer, avait le don de m'envoyer des cartes postales virtuelles au moment précis où j'en avais besoin. » Seule à la maison toute la journée, son portable était une fenêtre sur le monde extérieur. « Mes textes conservaient toujours un ton d'espoir, parce que je n'ai pas cessé de croire qu'il y aurait une lumière au bout du tunnel. »

 

 

Photo de Alain Roberge, La presse

Photo de Alain Roberge, La presse

Isabelle Morin éxécute un Koshi Guruma sur Tsuki Jodan de Jean Prieur